Pour la première fois de ma vie j’ai été licenciée.

Aïe. Dans tes dents. Je n’étais pas si mauvaise je crois.

Comme toi, je l’ai voulu mon train-train quotidien. J’ai voulu mes pauses cafés, mon pécule de vacances, ma DKV, mes chèques repas, ma voiture de fonction. Appartenir à l’élite des gens qui réussissent plus ou moins bien. M’intégrer à la société. Comme toi, j’ai voulu me marier, être mère, avoir des animaux de compagnie, une maison, un crédit sur 30 ans, deux voitures, une garde robe remplie de fringues que je ne mets jamais.

Mais c’était sans compter que, l’attrait de cette vie, avait chaque jour de moins en moins de sens. Et puis, une question récurrente : Pourquoi ?

Pourquoi rester dans la case des gens qui subissent leur vie et tous les dictats de la société ? Oui, oui c’est très cliché, ce n’est même pas très révolutionnaire, les gens se révoltent contre le système tout le temps. Je n’ai rien inventé. Sauf que ce phénomène, s’il trouve des raisons personnelles, commence à toucher toute une génération de trentenaires, dont je fais partie.

La faute à la guerre

Ben oui, on a tout fait péter, pour vendre des armes et tout reconstruire. Je ne suis pas historienne, mais j’ai bien mon avis là dessus. Les 30 glorieuses où tout était permis. On avait l’offre et la demande suivait. La révolution industrielle tout ça, la modernité pour la ménagère, le mari qui bosse toute sa vie dans la même boîte. Du confort, du matériel, un statut.

Nos parents sont nés pendant cette période, où leurs parents eux-mêmes leurs disaient de travailler dur, car ils ont crevés de faim durant la guerre. Il fallait assurer son avenir. Forts de cette idée, tes propres parents t’ont dit de faire des études, de trouver un bon boulot, de devenir riche surtout ! Consomme, achète, démerde-toi, mais fais-le.

Et donc, tu l’as fait. Sauf que toi, quand tu as eu ton diplôme, on t’a dit que c’était encore plus dur d’avoir du boulot, qu’il fallait pas déconner, que t’avais une chance énorme d’en trouver un. Il ne fallait surtout pas te plaindre. C’est comme ça la vie, du sacrifice.

Si on résume très fort

C’est en toute logique que, pendant que des milliers de gens meurent dans les guerres et conflits, toi tu sues pour enrichir un boss qui lui, tout ce qu’il veut c’est devenir encore plus riche. Pour çà, il faut vendre et consommer encore plus, que la planète soit encore plus polluée, et, au final, comme c’est la nôtre aussi, on finisse par en crever également.

Oui, on travaille pour notre propre extinction.

Du moins dans tous les secteurs, qui produisent pour augmenter notre possession d’objets inutiles et encombrants, polluants et pas éthiques du tout.

Tadammm ! C’est pas cool ça comme programme ? C’est pas ça le sens de ta vie ? En prime, tu fais une croix sur ta liberté, coincé dans la grisaille et les embouteillages. Franchement, je ne vois pas de quoi tu te plains.

De ce constat, tout a dégringolé.

La crise de la trentaine

Tu as fait un enfant. Tu t’es rendue compte de plein de trucs super angoissants. La vie, la mort, le temps qui passe et le temps perdu, les futilités, l’absurdité du système, des VRAIES choses importantes. La santé, l’amour, l’amitié, les bonheurs simples.

La peur de mourir avant d’avoir fait ce que tu voulais vraiment.

Tu as fait tout bien comme il faut , tu t’es dit que tu t’en étais pas mal sortie. Mais, tu rentrais chez toi maussade, avec une sensation d’inutilité de plus en plus grande. Tu as commencé à te rendre compte que tu avais tout. Mais pas le bonheur. Mais bon sens, qu’est-ce qui cloche chez moi ?

Si seulement j’avais été infirmière, vétérinaire, ou médecin sans frontières. Une activiste, une révolutionnaire.

Ils disaient que tu étais une rêveuse et une idéaliste. De la sensiblerie, tout ça.

Alors, ça commençait à se voir sur ta tête sans doute. Tu osais parler de décroissance, de minimalisme, de végétarisme. Suer corps et âme pour quelque chose qui ne fait de toi qu’un pion sur l’échiquier n’était pas pour toi. Ton dédain pour la superficialité, pour les signes ostentatoires de richesses, pour les gens qui ne pensent qu’à eux, devaient se voir à des kilomètres. C’est pas faute d’avoir essayé…rentrer dans le moule. Mais, hélas ça transpirait. Tu es donc devenue la cible à abattre. Alerte !  Réticence au capitalisme !

Je te vois venir, non, je ne vis pas dans une cabane dans les bois, et je ne mets pas que du cotton bio. Je n’ai pas (encore) mon propre potager, et j’achète aussi des trucs inutiles Made in China. Mais j’essaie de changer petit à petit, d’être informée, de trouver des alternatives, de consommer mieux. Le chemin est long, mais il en vaut la peine. Je vais te dire qu’au stade où nous en sommes ça ne sera plus juste une façon de voir les choses, mais une nécessité pour notre survie. (Rien que ça)

Bien sûr, j’ai voulu tout plaquer, faire des changements hyper radicaux, mais je sentais venir le découragement. J’avais peur. Trop d’un coup, ça serait compliqué. Il fallait faire les choses pas à pas. Objectif après objectif. On ne se défait pas de plus de 30 ans d’endoctrinement sans efforts.

En avoir conscience était déjà la première étape.

Et maintenant ?

Tu es passée par tous les stades. Légèreté, euphorie, colère, tristesse, injustice. Cette sensation bizarre que tu n’étais pas fautive.

Étais-tu borderline ? Devais-tu consulter ? Tu connaissais le problème. Tu savais ce qu’il ne fallait plus faire. Essayer de rentrer à tout prix dans la case de l’employé-modèle-qui-ne-se-pose-pas-de-questions-et-qui-veut-juste-un-salaire.

Tu as lu des livres, vu des vidéos intéressantes, et tu t’es rendue-compte que tu n’étais pas toute seule. C’est gé-né-ra-tio-nel. Ok, pas que. Il faut aussi la conscience qui va avec, on est d’accord. La surconsommation n’apportait pas le bonheur et n’avait plus de sens. Posséder ne faisait pas de toi un individu heureux. On s’était fait avoir. Tu te devais de changer ça. Au quotidien, dans tous les aspects de ta vie.

La suite

Elle se fourre le doigt dans l’oeil celle là, si elle pense qu’elle va vivre d’amour et d’eau fraîche…je t’ai entendu(e) !

(Et de vin. Beaucoup de vin)

Oui, les factures sont là, je les vois bien. Exister ce n’est pas gratuit. Il va falloir réfléchir. A tout. Choisir, renoncer parfois. Changer, troquer, revendre, faire soi-même ce qu’on ne faisait pas avant. Changer de vie ça se travaille, intelligemment.

La suite c’est réduire ses besoins, consommer mieux et moins, réduire son niveau de vie, avoir plus de temps pour soi, et pour sa famille, travailler pour vivre et non plus vivre pour travailler. Faire ce qu’on aime. Se donner la chance d’essayer. D’autres l’ont fait et le feront encore.

Puis, ça me trottait dans un coin de la tête, ça ressemblait à un de ces fantasmes qu’on laisse aux autres. Mais au fond, pourquoi pas moi ?

C’est alors que j’ai décidé de changer de vie. Pour de bon. Le premier pas vers la liberté…

Je vais devenir Freelance.

Le premier pas indispensable pour avoir ce que vous désirez dans la vie est : décidez ce que vous voulez. ■ Ben Stein ■

Elodie